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Ivo Sasek fondateur de Kla.TV explique le potentiel qui réside en chaque être humain dans : « Libérez des privilèges insoupçonnés ! » – Journée internationale des Amis 2025 (avec Ivo Sasek) www.kla.tv/37697#t=2992 En savoir plus sur Yuval Harari et ses idées : LA FIN DE L’HUMANITÉ – Comme prévu par les dirigeants mondiaux (un film de David Sorensen) www.kla.tv/29480 Émission recommandée : 21. AZK – Prof. Dr. Daniel Broudy Transhumanisme et post-humanisme : qui y aspire et où en sommes-nous aujourd'hui dans cette évolution ? www.kla.tv/38553 |
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14.02.2026 | www.kla.tv/40305
[Prof. Cullen :] Depuis des siècles, il y a toujours eu cette tentative de créer un homme meilleur. Il n'y a pas de Dieu dans la machine. Et si on laisse tomber ça, alors l'homme est... donc ça n'a ni but ni objectif et c'est alors une sorte de machine à plaisir. Et ces pensées excessives, ces rêves fiévreux, il faut tout simplement les éviter. [Kla.TV :] Kla.TV s'entretient aujourd'hui sur le thème du transhumanisme avec le professeur Paul Cullen. Merci beaucoup de nous consacrer du temps sur ce sujet passionnant ! [Prof. Cullen :] Oui, merci beaucoup, M. Matten, de m'avoir invité, je suis ravi. [Kla.TV :] Nous aussi. Pouvez-vous décrire brièvement qui vous êtes, quelle est votre fonction et comment vous en êtes arrivé à parler du transhumanisme. [Prof. Cullen :] Oui, donc je suis originaire de Dublin en Irlande. J'y ai aussi fait des études de médecine humaine, je suis donc médecin. Plus tard, j'ai étudié la biologie moléculaire et la biologie à Londres, puis j'ai fait de la recherche pendant des années. Je dirige un grand laboratoire à Münster, un laboratoire médical, et je suis aussi à l'université là-bas, où je donne des cours en tant que professeur associé. Je suis venu au transhumanisme parce que j'ai toujours eu un faible pour la science-fiction, même quand j'étais jeune, et j'ai fait beaucoup de recherche génétique moi-même, ce qui m'a beaucoup intéressé. Et j'ai d'abord pensé que c'était une lubie, ce n'est pas sérieux - c'est en quelque sorte une lubie de gens riches. Mais j'ai constaté que non, ce n'est pas du tout une lubie et qu'ils sont très sérieux, et c'est là que j'ai compris que c'est une chose qui est quand même très importante, parce que ça a fondamentalement à voir avec notre conception de l'être humain et ça m'intéresse beaucoup, et c'est comme ça que j'en suis arrivé là. [Kla.TV :] Nous abordons aujourd'hui le thème du transhumanisme - grand sujet, notamment lors de la réunion de Davos du Forum Économique Mondial. L'un des principaux orateurs était Yuval Harari, je dirais même le prophète du Forum Économique Mondial, en ce qui concerne les visions de l'avenir de l'humanité. Il proclame cette "arche de salut". Cela s'explique par le fait que dans la quatrième révolution industrielle, qui est très fortement basée sur l'IA [intelligence artificielle], l'homme ne peut en principe pas suivre le rythme, dit Harari. Cela signifie qu'à plus ou moins long terme, si l'homme n'optimise pas ses capacités, c'est-à-dire s'il ne parvient pas à suivre le rythme de l'IA, il finira par disparaître, quelque part, comme un être inutile, conformément à la doctrine de Darwin, totalement inutile. Comment cette optimisation humaine, ce transhumanisme se présente-t-il dans la pratique sur le plan purement physique ? Qu'est-ce qui doit être manipulé chez l'homme ? [Prof. Cullen :] Bon, alors le transhumanisme, c'est l'idée qu'on peut améliorer l'être humain en utilisant des dispositifs techniques. Donc l'idée, au départ, c'est d'améliorer certaines fonctions du corps. Par exemple, il y a des gens qui n'entendent pas. Et c'est une surdité congénitale, l'oreille interne ne s'est pas formée. Et il est possible aujourd'hui d'installer une oreille interne artificielle et de relier directement cette oreille interne artificielle à la zone du cerveau où se produit l'audition, par voie électronique. Et l'homme peut alors réellement entendre. [Kla.TV :] On peut donc compenser le handicap ? [Prof. Cullen :] Il y a des tentatives de surmonter la cécité en cas de dégénérescence rétinienne, par exemple. Elon Musk travaille dans un système où les personnes qui ont une paraplégie... ces voies neuronales... le pont entre les voies neuronales et les muscles est rétabli. Voilà, c'est la première étape. Et là, je dois dire qu'en tant que médecin, je soutiendrais cette démarche. Ça ne me dérange pas, nous le faisons depuis des années. Il suffit de penser par exemple au remplacement des valves cardiaques ou à la cataracte où on reçoit un cristallin artificiel, c'est la suite de cette affaire. [Kla.TV :] Ou des dents artificielles... [Prof. Cullen :] Mais les dents artificielles n'atteignent pas l'essence, pour ainsi dire, de l'être humain. Ce n'est que la première étape. La deuxième étape consiste à ne pas accepter la personne telle qu'elle est, pour ainsi dire. Nous sommes donc ici dans une situation où nous voulons rétablir l'état normal qui a été perturbé. L'étape suivante consiste à ne pas être satisfait de la situation normale et à vouloir l'améliorer. C'est ce qu'on appelle en anglais enhancement (amélioration). Et voici l'idée - c'est une chose qui est intéressante pour l'armée par exemple - que l'on puisse, soit génétiquement, soit par la technologie, rendre un être humain capable de mieux voir peut-être dans l'obscurité, ou de mieux voir, ou de mieux entendre, ou d'avoir d'autres capacités. [Kla.TV :] S'orienter plus facilement... [Prof. Cullen :] Exactement, ou plus fort, peu importe. Et là, ça devient déjà difficile, parce qu'il faut aussi voir par exemple ce qui est mieux maintenant. Par exemple, nous avons aujourd'hui un idéal de beauté dans la mode - il y a quelques centaines d'années, l'idéal de beauté était tout autre. Et si on décompose ça, c'est l'idée que ça dépend de certaines capacités, qu'une personne est alors - et c'est là que ça devient dangereux - meilleure, plus performante qu'une autre. Comme si ce qui comptait chez l'être humain, c'était de performer, de bien fonctionner, d'une manière ou d'une autre. Et c'est là que réside la difficulté. L'idée, juste pour aller au bout de la pensée, l'idée du transhumanisme, c'est d'abord l'amélioration, puis l'amélioration par certaines options... Mais ensuite, pour conclure, l'idée est que l'on peut puiser directement dans la conscience de l'homme et peut-être même - et c'est la matière de nombreux films de science-fiction - la télécharger dans une sorte de machine, d'ordinateur, de cloud, peu importe, de sorte que l'homme puisse continuer à vivre dans la machine, pour ainsi dire. Il y a quelques jours, il y avait un film comme ça avec un robot, où c'est ainsi - et c'est une idée qui est complètement erronée selon moi - mais c'est pour ainsi dire l'idée, c'est la vieille idée : comment pouvons-nous vivre éternellement ? comment pouvons-nous devenir comme les dieux ?. C'est en substance l'idée sous-jacente. [Kla.TV :] C'est pourquoi l'Homo Deus, c'est-à-dire l'homme-dieu, comme l'appelle aussi M. Harari, c'est ce qu'il veut créer. Si l'homme devait être optimisé, c'est-à-dire qu'on pourrait le programmer d'une manière ou d'une autre, je ne sais pas, par une puce ou autre, pour qu'il soit par exemple comme Beethoven, tout à coup on peut faire de chaque homme un Beethoven - est-ce que ce serait possible, techniquement ? [Prof. Cullen :] Non. Donc, premièrement, le fait est que des gens comme Beethoven ou Mozart ou Einstein ou Newton ou... donc ce sont des gens qui sont tellement inhabituels et finalement ces étincelles de créativité... Ce qui est intéressant chez ces personnes, c'est qu'on ne peut comprendre qu'à un certain point... C'est le cas d'Einstein, on peut, si on regarde l'histoire de la physique et ses pensées, comment il a évolué, on peut le comprendre, jusqu'à un certain point. Et puis il a une pensée qu'on ne peut pas comprendre. [Kla.TV :] Le charisme... [Prof. Cullen :] Oui, c'est... non, c'est la créativité de l'homme. C'est comme pour Mozart. Les partitions de Mozart, pour autant que je sois informé, n'ont pratiquement pas eu de corrections. Et puis on a demandé, Monsieur Mozart, comment faites-vous ? Et il a dit, oui, j'écoute la musique et je l'écris. Je l'écoute simplement et je l'écris ensuite. [Kla.TV :] Intuition... Inspiration... [Prof. Cullen :] Oui, donc l'idée que nous avons, par exemple, la conscience... notre modèle que nous avons de l'être humain en ce moment est une sorte de modèle mécaniste. [Kla.TV :] Qu'est-ce que ça signifie ? [Prof. Cullen :] L'homme est une sorte de machine, une machine physiochimique. Et tous les processus se déroulent dans le système nerveux central, dans le cerveau, dans le crâne. Mais nous n'en savons rien. Nous ne savons même pas si tout ici, si la conscience, d'où ça vient, si nous sommes des récepteurs. Je ne veux pas dire que c'est le cas, nous n'en savons rien. Cela signifie que nous ne savons absolument pas comment l'être humain fonctionne en fin de compte et, justement, comment fonctionne la créativité. Et nous ne savons pas non plus ce qui nous définit, les émotions, l'amour - toutes ces choses. Nous n'avons pas la moindre idée de leur fonctionnement. [Kla.TV :] Je comprends très bien. Supposons pour l'armée que l'on veuille maintenant donner aux gens un meilleur système d'orientation, par exemple. Qu'ils connaissent toutes les cartes par cœur ou autre chose comme ça. D'un point de vue purement technique, comment fait-on ? [Prof. Cullen :] D'accord, l'armée a bien sûr l'idée du super-soldat. Et il y a déjà des approches. Par exemple, il est possible d'influencer les pensées par des bobines magnétiques - donc il y a un casque avec des aimants dedans, des bobines magnétiques - et elles peuvent effectivement influencer les ondes cérébrales. Et ils peuvent avoir une sorte de, on appelle ça le flow... Donc, ça veut dire que quand on est dans le processus créatif, on perd la notion du temps et on est dans le flow. Et on s'en servait par exemple pour les tireurs d'élite. Et les tireurs d'élite se détendent alors, profondément, et peuvent atteindre plus de cibles par unité de temps. [Kla.TV :] Donc avec des ondes magnétiques, on fait ça de l'extérieur. [Prof. Cullen :] Oui, c'est ainsi. Et on arrive aussi, par exemple chez les patients atteints de la maladie de Parkinson, par la stimulation de régions profondes du cerveau, à remédier partiellement à la rigidité - et ce genre de choses. Ça existe. C'est un peu le niveau auquel nous sommes. Mais ce n'est pas ce qu'on veut. Il y a donc en principe deux façons d'essayer de changer les gens. L'une passe par la biologie, via la génétique. Et la deuxième, c'est par la technologie, par les ordinateurs et tout ça, donc par des moyens techniques. Et sur la génétique, le problème est que nous ne comprenons pas non plus la génétique. Donc je suis assez vieux, je me souviens très bien du moment où le génome humain a été séquencé. On a fait des paris sur le nombre de gènes de l'homme. Et nous avons tous pensé que nous avions plus de gènes que les animaux etc. La plupart du temps, on a environ 100 000, 150 000 gènes. Au final, il y en avait 26 000 ou 27 000. Et l'autre problème, c'est qu'on ne peut plus savoir ce qu'est un gène... Il y a tellement de variations, il y a l'épigénétique [épigénétique = l'épigénétique étudie les modifications de la fonction des gènes] etc., c'est comme en physique : plus on regarde la matière de près, plus elle se désagrège entre les doigts. C'est exactement ce qui se passe. Et nous n'avons par exemple fondamentalement pas de réponse en biologie à la question de savoir ce qu'est la vie. Et on peut, par exemple, comme expérience de pensée... on a une cellule et la cellule est vivante, et puis il y a la cellule morte, donc elle vient de mourir. Toute la matière, tout est là. Toute la machinerie est là. [Kla.TV :] Il ne manque que la vie. [Prof. Cullen :] Mais la vie manque et on ne peut pas redémarrer cette cellule. Et qu'est-ce qui manque ? Qu'est-ce qui se trouve dans la cellule vivante et qui n'est pas identique dans la cellule non vivante ? [Kla.TV :] Certainement rien de mécanique. [Prof. Cullen :] Voilà. Et c'est un problème fondamental que nous avons avec le transhumanisme. C'est une incompréhension fondamentale, à mon avis, de la nature. C'est de la fausse anthropologie [anthropologie = étude et science de l'homme]. [Kla.TV :] D'accord, oui. Donc des hypothèses erronées, à partir desquelles on part ? [Prof. Cullen :] Oui. Une mauvaise compréhension de ce qu'est l'être humain. Et une compréhension très matérialiste. Et je pense personnellement que sans une dimension transcendante, je vais appeler ça de manière générale... [Kla.TV :] Que signifie transcendant ? [Prof. Cullen :] Oui, donc, qu'il y a un Dieu, ou qu'il y a une réalité derrière la réalité. Que cette réalité n'est pas la véritable - qu'il y a une réalité derrière la réalité, une autre réalité - qui est pourtant la véritable. Cette notion est ce qui donne une direction à la vie, ce qui donne un sens à la vie. Et si on fait abstraction de cela, l'homme n'a ni but ni objectif, et il est alors une sorte de machine à se divertir. Il y a différentes formes que l'on peut avoir, mais c'est beaucoup trop réducteur. Et c'est d'ailleurs, selon moi, une mauvaise compréhension de la science, de la science actuelle. Mais cela nous mènerait trop loin. Selon moi, ce n'est pas seulement faux en surface ou faux dans les détails, mais fondamentalement faux. [Kla.TV :] Donc, pour en revenir au sujet d'Einstein. Où M. Einstein a-t-il soudain trouvé sa pensée, son saut de pensée ? Il peut s'agir d'une intuition de la réalité derrière la réalité. On a donc une intuition, si je puis dire. Et cela ne peut être compensé par aucune machine. [Prof. Cullen :] Non, c'est un mystère, un secret. C'est un miracle, un mystère. Nous ne le savons pas. Et l'IA, par exemple, peut super bien reproduire, mais ne peut pas être créative dans le sens. Parce que cette dernière étape... [Kla.TV :] ... cette intuition... [Prof. Cullen :] ... exactement, cette dernière étincelle, donc l'étincelle des dieux, on pourrait presque dire qu'elle manque. Il n'y a pas de Dieu dans la machine. Et l'idée est, c'est une vieille question, pouvons-nous créer Dieu dans la machine ? Non, nous ne pouvons pas. [Kla.TV :] On peut aussi dire l'IA, pas d'intuition. Maintenant, Monsieur Cullen, ce thème de vouloir améliorer, optimiser l'humanité et l'homme n'est pas nouveau. Il existait déjà sous le communisme et, pour dire ce qui est, ça n'a jamais fonctionné. Ça a plutôt toujours raté. Pouvez-vous nous dire quelque chose à ce sujet ? [Prof. Cullen :] Oui, il y a toujours eu cette tentative depuis des siècles, on tente de créer l'être humain parfait - Utopia. Donc pas seulement une nouvelle société. Utopia, de Thomas More, c'était la nouvelle société. Et on a dit : Non, nous voulons créer la nouvelle société à travers la création de l'homme nouveau. Et bien sûr, il y a eu un véritable essor en Angleterre avec Darwin. Darwin lui-même n'a jamais exigé cela. A mon avis, ce darwinisme social est une compréhension grossière de ce que Darwin a réellement dit. Et cela a été transféré du monde biologique au monde social, où ça n'a pas sa place. Mais ensuite, on a eu l'idée de l'eugénisme - pas seulement en Allemagne, mais aussi en Angleterre, en Amérique. [Kla.TV :] En quoi est-ce de l'eugénisme ? [Prof. Cullen :] Oui, dans les années 30... enfin c'était en Allemagne, c'était un projet biologique... [Kla.TV :] ... que la sélection des espèces... [Prof. Cullen :] ... des hommes meilleurs, et des sous-hommes et cette idée, ou encore la pensée raciste... Tout cela est lié à l'idée qu'il y a des hommes meilleurs et des hommes moins bons. Et l'idée de base de l'eugénisme est la suivante : les meilleurs individus ne se reproduisent pas suffisamment et les moins bons se reproduisent trop. Et cela remonte à Thomas Malthus, au 18e siècle déjà. Il a dit qu'il fallait installer les gens qu'on ne voulait pas, les pauvres, près des marais, pour qu'ils attrapent la malaria et tout ça, parce que ça rétablirait l'équilibre. Et c'est donc une idée très ancienne, c'était aussi le cas en Union soviétique, on ne voulait pas seulement créer une nouvelle société, mais aussi un nouvel homme, on l'appelait Homo sovieticus. [Kla.TV :] Qui serait alors également compatible avec la société. [Prof. Cullen :] On a pensé que si nous éliminions les injustices dans la société, c'est-à-dire si nous faisions du matérialisme dialectique... [Kla.TV :] ... niveler... [Prof. Cullen :] ... alors l'homme serait libéré, il n'aurait pas besoin de travailler beaucoup, quelques heures par jour et le reste du temps il pourrait s'améliorer et alors chacun aurait le potentiel de devenir un Tolstoï, etc. Bien sûr, ça n'a pas du tout fonctionné. L'économie n'a pas fonctionné non plus. Mais un des problèmes avec ce genre de choses, si l'on prend l'exemple de l'Union soviétique, c'est-à-dire la révolution russe de 1917, c'est qu'au début des années 20 il était déjà clair que l'économie ne fonctionnait pas. Ensuite, on a réintroduit un peu de capitalisme, puis Staline est arrivé au pouvoir. Cela signifie donc qu'il était clair très tôt que le système ne fonctionne pas sur le plan économique. Mais on n'a pas laissé faire, on a dit, ok, on va trop vite, on va faire un peu de capitalisme, c'était le New Economic Program, le NEP. Et puis on a fait évoluer la société... [Kla.TV :] ... pour s'acclimater ... [Prof. Cullen :] Oui, exactement, en partie grâce à l'aide américaine, comme nous le savons maintenant... [Kla.TV :] Vraiment ? [Prof. Cullen :] Oui, c'est intéressant. En tout cas, ensuite Staline est arrivé et il a dit, maintenant nous voulons aller à toute vitesse. Et nous voulons maintenant la collectivisation. Nous voulons socialiser la propriété privée des moyens de production dans les campagnes. Et l'idée est que nous voulons maintenant catapulter la société russe dans le nouveau siècle. Et la population rurale a pour mission de fournir la nourriture ou les aliments pour la ville... et c'est dans la ville que la révolution a lieu. Les paysans en Union soviétique ont d'abord soutenu la révolution parce qu'ils pensaient pouvoir récupérer un peu de terre, parce qu'il y avait la propriété foncière auparavant. Et puis on a dit : collectivisation en Ukraine. Et puis, en principe, on peut imaginer que les soldats sont arrivés et ont voulu avoir la récolte. Et puis les paysans ont dit, oui, vous pouvez avoir la récolte, mais vous devez nous payer pour la récolte. Et puis les soldats ont dit : non, non, camarade. Tu as mal compris. C'est pour la révolution. Et ils ont confisqué les récoltes. [Kla.TV :] Il n'y a pas eu de recette. [Prof. Cullen :] L'année suivante, les soldats sont revenus et ont à nouveau exigé la récolte. Et puis ils ont caché la récolte. L'année suivante - ce n'était pas exactement comme ça, mais schématiquement - on commençait à brûler les récoltes plutôt que de les donner gratuitement. Et puis on a dit que ça ne pouvait pas continuer. On a alors imposé la collectivisation par la force. [Kla.TV :] La collectivisation signifie qu'il n'y a plus de grands propriétaires terriens et que tout appartient à l'État. [Prof. Cullen :] Exactement, et on a aussi déplacé les gens ailleurs, pour les couper de leurs racines. Et cela a entraîné une famine dans les années 30 en Ukraine, qui est l'une des régions les plus fertiles de la planète et traditionnellement, on peut dire, le grenier de toute la région. C'est ce qu'on appelle l'Holodomor. Cinq millions de personnes en sont mortes, nous ne savons pas exactement combien, sur une population de 25 à 30 millions d'habitants à l'époque. Et c'est là que ça conduit. Donc on pense qu'on va se rendre compte que ça ne marche pas et abandonner cette idée Mais non, ça ne se fait pas. Qu'est-ce qu'on fait ? On redouble d'efforts. Et ça ne marchera pas, parce que ça ne peut pas marcher, parce que c'est contre la nature des gens. Que fait-on alors ? On redouble d'efforts. [Kla.TV :] Oui, je comprends. [Prof. Cullen :] Et, et c'est là que je vois que si ces technologies sont un danger... Je ne vois pas tellement le danger dans une prise de contrôle du monde, mais je vois plutôt le danger dans le fait qu'on essaie, d'imposer toujours et encore ces pensées. Et c'est là que réside le grand danger pour nous. [Kla.TV :] Ah oui. Si j'ai bien compris, le transhumanisme ne peut pas vraiment fonctionner comme ça, parce qu'il repose sur des bases fausses. Tout comme avec le communisme, on part d'une fausse image de l'être humain. On ne peut pas lui imposer quelque chose qui est contraire à sa nature. Ça ne marchera pas, aucune pression, aucune pression supplémentaire n'y fera rien. Ça peut aider à obtenir un certain statut ou une certaine classe sociale, éventuellement. Mais il y a un moment où il faut s'arrêter. L'homme dit alors : je préfère brûler ma récolte plutôt que la donner gratuitement. Et puis, c'est peut-être la même chose pour le transhumanisme. [Prof. Cullen :] C'est vrai. Je pense que lorsqu'il y a une avancée technologique, nous n'avons aucun exemple qui montre qu'elle sera annulée. Donc ces choses sont dans le monde, l'IA est dans le monde. Ces possibilités d'améliorer technologiquement la vie des gens sont dans le monde. Tout dépend de la manière dont nous les utilisons. Si nous utilisons cette technologie en accord avec la nature humaine, ça peut vraiment être extrêmement positif. Je ne suis pas opposé à la technologie, pas du tout. Nous l'utilisons tous les jours dans mon propre laboratoire et elle nous aide beaucoup. Mais c'est la mauvaise mise en place, et cette mauvaise mise en place provient d'une fasse image de l'homme. [Kla.TV :] Je comprends, je comprends très bien. Un être humain est donc plus qu'une simple machine qui peut en quelque sorte reproduire des choses et dans laquelle des choses se produisent. Tout ce thème de l'intuition, qu'est-ce qui caractérise l'être humain de toute façon ? Comment interagit-il peut-être aussi avec le cosmos ? Ou comment interagissons-nous encore entre nous ? Toute cette histoire, on ne l'a pas encore vraiment étudiée. [Prof. Cullen :] Non, on ne l'a pas du tout étudiée, même pas en partie. [Kla.TV :] Et tout est occulté par M. Harari. Il veut maintenant imposer à tout prix ce concept d'homo deus. [Prof. Cullen :] Eh bien, je ne dirais pas ça. Je l'aime bien, enfin parfois, parce qu'il est très actif et qu'il a de très bonnes pensées. Mais je ne crois pas qu'il ait maintenant, je veux dire par malveillance, un agenda erroné, je ne le crois pas. Je ne pense pas qu'il soit un croyant, je pense même qu'il l'a dit lui-même. [Kla.TV :] Donc un athée. [Prof. Cullen :] Je crois que oui. D'après ce que je sais. Et bien sûr, dans sa vision du monde, c'est en quelque sorte logique. Mais cela ne suffit pas. Et ça l'amène ensuite à dire des choses comme ça, qu'il y a ces personnes en surplus. Qu'est-ce qu'on veut faire ? L'IA remplacera les postes et les humains seront alors inutiles. Et peut-être qu'on peut les faire taire avec des jeux vidéo ou des drogues ou quelque chose comme ça. Mais au fond, c'est un problème non résolu. On se laisse malheureusement entraîner sur un mauvais chemin par l'image qu'on a de l'homme. [Kla.TV :] Oui, je comprends très bien. Maintenant, pour conclure. Que me conseilleriez-vous, que conseilleriez-vous maintenant au spectateur sur le thème du transhumanisme ? Je veux dire que la machine est en marche. Il est vrai qu'elle est poussée par d'énormes moyens financiers. Et aussi très poussée par les médias. C'est comme un agenda qui doit être mis en œuvre, à la hussarde, comme le communisme à l'époque. Nous savons que ça ne fonctionnera pas. Que peut-on faire en tant qu'être humain ? [Prof. Cullen :] Eh bien, je pense qu'il faut rester un peu calme. Je pense que ce qui n'a pas de sens, c'est de se battre contre la technologie, parce que le problème ne vient pas de la technologie. Ce n'est pas une question technologique ... [Kla.TV :] ... c'est une question de vision du monde, de vision de l'homme... [Prof. Cullen :] ... une question philosophique, métaphysique. En tant que citoyens, nous devons bien sûr observer cela. Et ensuite, il faut en tirer les bénéfices pour nous, pour nos familles, pour nos sociétés. Et ces pensées excessives, ces rêves fiévreux, il faut simplement les éviter et veiller à ne pas essayer de les transposer dans la réalité... [Kla.TV :] ... qu'on ne se laisse pas non plus absorber par cette idée, je dirais fausse, selon laquelle l'être humain n'est qu'une horloge. Mais on peut se rappeler qu'intrinsèquement, je suis infiniment supérieur à cette IA. Elle ne peut que reproduire - je peux produire quelque chose de nouveau. Je suis un être créatif ! [Prof. Cullen :] Et ce qui est très important, c'est de ne pas se laisser prendre au piège, de ne pas avoir peur. On travaille beaucoup avec la peur. [Kla.TV :] Ou avec le sentiment d'infériorité. [Prof. Cullen :] Toute la classe moyenne sera maintenant au chômage dans trois ans à cause de l'IA. Cela va bien sûr changer le monde du travail. Mais depuis que je travaille, j'entends dire que nous devrons travailler moins. Je ne le vois pas, donc nous ne manquerons pas de travail. Et nous pouvons être très confiants, c'est l'une des périodes les plus intéressantes que nous ayons jamais vécues. Et nous avons les moyens de vivre mieux aujourd'hui, bien mieux que toutes les autres générations avant nous. On nous dit toujours le contraire. Cela signifie que nous avons des possibilités insoupçonnées, surtout aujourd'hui. Et c'est à nous de les saisir et de les utiliser correctement. [Kla.TV :] Et peut-être même, en tant qu'être humain, d'accéder enfin à notre véritable identité. Et de ne plus nous laisser piéger par les nombreuses erreurs du passé. [Prof. Cullen :] C'est exactement ça, exactement ça. [Kla.TV :] Monsieur Cullen, merci beaucoup pour cet entretien passionnant. [Prof. Cullen :] Avec plaisir ! Merci, Monsieur Matten, de m'avoir invité. [Que pouvez-vous faire pour Kla.TV ?] Kla.TV est un véritable miracle. Tous les collaborateurs de Kla.TV travaillent pour vous de façon exclusivement bénévole. 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de hm.